MON AMIE FACEBOOK

19 juillet 2016

T’es mon amie Facebook.

En fait, t’es ma soeur.

Y’a 3 mois, je savais pas t’étais qui.

Je savais que t’existais, mais pas t’étais qui.

Tu me ressembles. T’as mes yeux.

Pas tant la forme, mais la douceur.

J’ai les yeux doux. Je me connais. Je me vois souvent. C’est ce qui arrive quand dans le cadre de tes fonctions t’as des lentilles qui te dévisagent constamment. Y’a 3000 photos de ma face sur mon hashtag Insta. Mon regard peut être vif, perçant, dur, mais ne perd quand même jamais sa douceur.

Parce que je me sens encore angoissé quand y’a un conflit, même adulte, j’ai chaud dans le ventre comme quand on appelait mon nom pour aller au bureau du directeur. Même si j’ai, la plupart du temps, l’air plus confiant et en contrôle qu’un vendeur de bullshit usagée ou qu’un arbitre de la LNH. Mais je pisse dans mon jack strap.

J’ai le regard soft parce que je suis encore émerveillé par l’esti de rose du ciel à 8:32 en juillet, la fourmi qui lève 100 fois son poids like a boss et les S à l’envers de ma petite. J’ai le regard doux parce que je m’émeus comme une biche devant le simple.

J’pas juste doux. J’ai le rude facile aussi. Je sacre fort en anglais quand on me fait chier, je sue ma vie sur des stages, je piétine, barouette, garoche, je donne des grosses poignées de mains masculines et je baise la plupart du temps comme un ouvrier qui a perdu le contrôle de son marteau piqueur.

Mais mon sensible est plus saillant que n’importe quel autre de mes traits. J’aime glisser mes doigts sur de la peau crémée, déguster des lèvres comme des fraises de l’île d’Orléans et mettre ma face dans des cheveux pour inhaler les effluves d’un shampooing 2 en 1. J’aime les drames épiques et les catastrophes naturelles, mais j’aime surtout les films d’amour et les belles histoires qui finissent avec des kids, du bonheur et deux vieilles mains l’une dans l’autre qui se sont mutuellement vues plisser au rythme de la lenteur du temps.

Bref, t’as ces yeux là. Les sensibles. Qui voient le fucking beau et le cherche. Le photo-radarde.

Je t’ai juste vu sur Facebook, mais les few mégapixels de ton iPhone en mode selfie ont savamment capté l’essence de ton regard. Je peux voir l’ADN qu’on a en commun sur ton wall. Tes petites jokes clever en commentaire, ton sourire d’enfant sur tes pics de profil, les vidéos que tu share.

Je regarde les mains, en général. Je sais pas si c’est weird, mais je le fais tout le temps. Les mains parlent souvent, racontent, montrent des preuves de qui l’on est. La peau maganée, les ongles rongés courts, le vernis qui décolle, l’huile à moteur incrustée, les mains sales, les mains propres, plissées, jeunes, vieilles, les doigts enflés, amputés, les bagues tête-de-mort, les joncs à l’annulaire gauche. Les miennes sont propres, douces, mes ongles bien taillés. Pas tant représentatif de qui je suis. Je suis plutôt désorganisé, pêle-mêle. La propreté de mes mains révèle en fait un soucis de l’image. Ça révèle aussi que j’fais pratiquement aucun travail manuel, que mes mains ne manipulent pas d’outils lourds, de papier sablé, ne vissent pas de boulons dans des moteurs, ne se cornent pas sur des mouvement répétitifs, ne voient pas de brin de scie, de puttée, de teinture, d’objets coupants, de produits toxiques. Mes mains servent seulement à manipuler des couches grandeur 3, à tenir fermement un micro sans-fil, à écrire de la marde immature sur du papier ligné, à serrer des mains rugueuses d’inconnus en région, à me faire plaisir en furie dans le sous-sol avant que la petite se réveille de sa sieste (désolé aux inconnus), à caller des taxis et à tâter des gros seins remplis de lait maternel. J’ai les premières lettres du prénom de mes filles tattouées respectivement sur chaque auriculaire. S et A. On m’a dit que ce doigt avait un lien certain avec le coeur, j’sais pas trop. Je l’ai su bien après que la plaie du tattoo soit guérie. Beau hasard. Quand on me demande ce que ça signifie, je dis en niaisant que ça veut dire Soul Assassins avant de dire la vérité. Peut-être mon orgueil masculin qui a honte d’avouer que c’est un matching tat avec ma blonde qui représente le nom des deux morveuses qui nous donnent des cernes et moins de temps pour aller au cinéma.

Mais tes mains ressemblent aux miennes, je les ai vues sur quelques photos. La forme des ongles, des doigts, la propreté. Ta physionomie aussi. T’es mince, en forme, mais t’es pas maigre. Comme moi. T’aimes le sport et te tenir en shape, tu fais des squats, du jogging, mais t’aimes aussi un gros câlice de morceau de gâteau au fromage. Moi je fais du jogging, des push ups, mais je me tape un trio Teen Burger volontier sur la route et je le mange comme si c’était une carcasse d’antilope jetée dans une cage de hyènes.

On a beaucoup de choses en commun. La force de la génétique. On ne s’est jamais rencontré, on a habité à des milliers de kilomètres d’écart toute notre vie, mais on se ressemble. Parce qu’on a de quoi d’évident en commun; un géniteur. C’est impersonnel et froid de le nommer ainsi. J’fais exprès. J’ai pas envie de dire « père » parce que pour moi un père, ça fait plus que juste fabriquer ledit humain dans une giclée de liquide séminal un mardi soir. C’pas un terme biologique, père. C’est une responsabilité, un titre qui se mérite. C’est l’action d’être une personne dans la vie dudit humain. Qui l’aide à devenir un être mature et adéquat, mûr d’amour et de souvenirs racontables. Une accumulation de couches changées, de nuits interrompues, de lacets attachés, de bisous donnés avant dodo, de vélos réparés, de crème glacées partagées, de chicanes de vacances, de rires gras, de punitions, de câlins, de leçons de vie, de moments, de présence, de sacrifices, de larmes, de films d’animations écoutés collés dans le divan en mangeant du pop-corn fait au micro-ondes, de chatouilles, de scènes et d’instants de l’ordinaire qui s’alignent et deviennent le montage du film de la vie dudit humain.

Dans mon film, le géniteur est déjà parti avant qu’on voit les crédits d’ouvertures. Il est déjà long gone, loin de la dite vedette de mon film, Also Known As moé.

Il est parti au Brésil, pour être un acteur principal dans le tien.

Et dans celui de tes 3 soeurs.

De tes 3 frères.

J’ai 7 demi frères et soeur que je ne connais pas.

Pas vrai.

Y’en a une là dedans que je connais.

En fait, je la semi-connais.

C’est mon amie Facebook.